Une saison au Niger

Une saison au Niger

Projection de la série nigérienne "Une saison au Niger" de Samira Seyni DJINGO, le 06 Avril 2019 au CCFN. Lire

Ma Belle Mère Ma Coépouse

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Slide # 3

Toukountchi Festival de Cinéma du Niger TFCN

LANCEMENT des inscriptions ce jour 24 MARS 2019 de la 4 ème édition Toukountchi Festival de Cinéma du Niger a Niamey du 30 octobre au 02 novembre 2019 qui sera couplé aux 3 èmes éditions de la Semaine de la Critique du Cinéma Nigérien et le Festival de films d'Animation (Hommage à Moustapha Alassane) Lire

Slide # 4

6è édition du Festival International du film sur les droits de l'homme FIFIDHO

La 6è édition du Festival International du film sur les droits de l'homme FIFIDHO se tiendra à Niamey le 06 avril 2020 sur le thème "La gouvernance africaine, quel chef d'état pour une Afrique émergente ?" Lire

2e Short Film Festival

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Le 2ème Short Film Festival de l’Ambassade des États-Unis aura lieu à la Salle Canal Olympia Hippodrome, le 30 mars 2019 Lire

Zalika Souley

Après avoir irradié de son talent, presque toutes les grandes réalisations qui ont fait l'âge d'or du cinéma nigérien, Zalika Souley, née le 07 octobre 1947 à Niamey, a connu une longue traversée du désert qui l'a conduite un temps en exil aux USA. Elle vit aujourd'hui à Niamey. Sa carrière d'actrice constitue en soi un résumé de l'histoire du cinéma nigérien.

Vos débuts dans le cinéma ?
J'ai commencé le cinéma avec Moustapha Alassane dans le film Le retour d'un aventurier en 1966. Et c'est grâce à Dieu et à James Kelly, un ami de Moustapha. Nous étions dans la même maison. Moustapha Alassane était revenu d'un stage au Canada avec le projet de faire un film de cow-boys noirs. Il avait besoin d'une fille. Kelly m'en avait parlé. Mes parents ignoraient que je jouais dans un film. Quand ils l'ont appris, il n'ont rien dit. Mais j'ai eu tous les problèmes du monde avec les autres. Dans le film, je portais des pantalons et je montais à cheval. C'était trop pour les gens. On m'insultait. Et on reprochait à mon père de me laisser faire. Heureusement pour moi, il ne les avait pas écoutés. Pour lui, chaque chose a donc sa raison d'être. Il se disait que c'était peut-être le destin que Dieu m'a choisi. Dans le temps, faire du cinéma n'était pas facile au Niger. Mais cela ne m'avait jamais découragée. Dieu merci ! Aujourd'hui, c'est d'autres qui viennent me dire qu'ils veulent faire du cinéma.


Parlons de ce film-là : Le retour d'un aventurier.                                                          Le retour d'un aventurier, c'est l'histoire d'un jeune homme qui voulait jouer au cow-boy américain avec ses amis. Mais dans le groupe, certains zélés ont voulu aller trop loin. Ils se sont mis à attaquer les habitants du village. Les autres se sont opposés. Il y a eu bagarre.
Dans ce film, vous montiez à cheval...
Oui ! Jean Rouch avait demandé au docteur Charles Pidoux, son ami qui était médecin à l'hôpital de Niamey, de m'apprendre à monter à cheval. C'était au Club équestre de Goudel. À l'époque, il n'y avait que des Blancs. Tous les soirs, j'y allais. C'est ainsi que j'ai appris l'équitation. J'ai même gagné un concours de saut d'obstacles.

D'autres anecdotes au cours de ce tournage ?
Pour moi, ce tournage n'était qu'un simple amusement. Je m'amusais. D'ailleurs, un jour, au retour d'un tournage, j'ai visé le chauffeur avec le pistolet, et j'ai fait «Piiuuccchttt!». Le chauffeur a pris peur. Il nous a suivis jusqu'au CELTHO, notre quartier général. Il voulait porter plainte à la police. Il a fallu lui expliquer que le pistolet était en plastique. C'est plus tard que j'ai commencé à prendre les choses au sérieux. Jean Rouch m'avait invitée pour voir le film au Musée de l'Homme à Paris. Je n'y étais pas pour les besoins du film. C'était une coïncidence. J'étais étonnée. La personne qui m'accompagnait aussi. Elle me demande : «Tu faisais du cinéma au Niger ?» «Ben non!, ai-je répondu, je m'amusais simplement.» Le fruit de ce que je considérais comme un simple amusement est arrivé jusqu'à Paris ! Ce jour-là, j'ai été accueillie en vedette dans la salle. Cela m'a encouragée.

Mais vous avez tourné sur la base d'un contrat ?
Non ! On n'avait même pas parlé de salaire ! Excepté Al'leessi et L'exilé, il n'y a pas un seul film que j'ai tourné au Niger et pour lequel on a parlé de contrat. Si le réalisateur me donnait quelque chose, je le prenais ; s'il ne me donnait rien, je n'en faisais pas un problème. L'homme passe, mais l'histoire reste. Le cinéma est un métier que j'aime. Si je peux faire quelque chose pour aider le cinéma, je le ferai. Même demain.

Après Le Retour d'un aventurier, vous avez ensuite tourné quel film ?
Cabascabo d'Oumarou Ganda. Il avait d'énormes problèmes à trouver un boulot après son retour d'Indochine. Il voulait tourner ce film-là pour raconter sa propre histoire. Grâce à Jean Rouch, il avait obtenu l'aide du Centre Culturel franco-nigérien. Avec lui, non plus, je n'ai pas signé de contrat, mais il m'a payé. Oumarou Ganda a enchaîné tout de suite avec Wazzou polygame, en réinvestissant le gain des prix remportés par Cabascabo dans les festivals. J'ai tourné dedans, et après, dans Saïtane... Puis j'ai tourné dans Kanta of Kebi en 1977 au Nigéria. C'était avec Adamou Halilou, un réalisateur nigérian qui était venu me chercher ici. C'est un film historique qui raconte l'enlèvement d'une jeune femme par un guerrier lors d'un conflit. On avait tourné pendant trois mois, à Argungun, à Sokoto et à Kan Giwa. Ce film a été réalisé en haoussa.

Vous avez aussi joué le rôle d'une dénonciatrice dans «Si Les cavaliers...» de Mahamane Bakabé...
Oui ! J'étais une indicatrice du colon dans Si les ca-valiers... Je devais l'informer des remous et des velléités de révolte qui se préparaient au palais. 
Dans ce film-là, comme dans la plupart des autres, ce sont des rôles peu... reluisants ?
Oui ! Mais dans la réalité, je ne suis pas ainsi. Peut- être qu'une autre aurait hésité à accepter ces rôles, mais moi, non ! Un rôle, c'est essentiel pour le film. C'est pourquoi le réalisateur doit bien choisir l'acteur ou l'actrice qui correspond au rôle.

Dans quel autre film avez-vous tourné ? 
J'ai joué dans Pétanqui, adapté du livre d'Amadou Ousmane, et réalisé en Côte d'Ivoire. Au départ, le réalisateur me destinait le rôle principal, mais une fois sur place, on s'était rendu compte que je ne parlais pas le bambara, la langue du film. Alors j'ai joué le rôle de la secrétaire de l'avocat tandis qu'Aïcha Koné a pris le rôle principal.  

Vous n'avez jamais songé à faire la réalisation ? 
Si. J'ai songé à faire deux petits films. Un sur ma propre vie. Quelqu'un d'autre m'a devancée déjà, mais on ne peut pas tout dire sur une vie. Ensuite, le deuxième sur ce qui se passe actuellement, le quotidien actuel...

Vous avez bien connu Oumarou Ganda ?
Il n'est plus de ce monde. Il est mort presque dans la misère ! Après tous les tournages qu'il avait eu à faire, il était déçu. Quelqu'un d'autre à sa place aurait laissé tomber. Je me souviens qu'une fois, au Centre culturel franco-nigérien, les employés blancs lui avaient donné un bureau pour recevoir ses techniciens et choisir ses acteurs, etc. Un Nigérien l'en avait fait sortir. Par la suite, Oumarou Ganda avait fait presque tous ses scénarios sous les arbres du Centre. Là où l'on faisait les animations de « Contes et légendes». Il faisait tout là-bas. Et il ne s'était jamais découragé. Et en tant que réalisateur, quand il te dit qu'il peut faire une chose, il va la faire. S'il ne peut pas, il te le dit. Après sa mort, les mêmes personnes qui lui avaient mis des bâtons dans les roues, étaient venues à la télévision clamer qu'ils étaient ses amis. C'était vraiment déplorable !

Comment Oumarou Ganda écrivait-il ses histoires ?
Oumarou Ganda n'avait pas vraiment fait de longues études. Il avait fréquenté jusqu'au certificat d'études. Mais lorsqu'une idée lui venait, même si c'est la nuit, il se levait et se mettait à écrire.
Il tournait beaucoup, Oumarou Ganda...
Oui ! Quand il adressait une demande d'aide, il n'attendait pas de l'avoir pour commencer à tourner. Même s'il devait vendre ses biens. Il avait l'habitude de vendre ses maisons, ou même sa voiture pour terminer un film... Il avait, entre autres projets, un long métrage intitulé Garey Kouré. Il n'a pas eu le temps.
Pensez-vous que le Niger a vraiment rendu hommage à Oumarou Ganda ?
C'est un hommage que de donner son nom à un lieu de culture et en ne faisant rien à sa famille ? Si c'est cela rendre hommage, moi, je n'en voudrais jamais ! Si de ton vivant, on ne t'accorde aucun mérite, à quoi bon ? Moi, je peux dire «Dieu merci». A l'époque d'Ali Chaibou, on m'a décorée. J'étais d'abord Chevalier de l'Ordre, ensuite Officier de l'Ordre ! Qu'est-ce qu'on peut me faire de plus ? Oumarou Ganda n'a rien eu de tout ça ! Mais j'espère que, dans le futur, on va donner aux anciens cinéastes la place qu'ils méritent, leur montrer de la reconnaissance pour ce qu'ils ont fait dans l'intérêt du cinéma nigérien.

Vous avez joué dans beaucoup de films sans contrat. De quoi viviez-vous ?
Avant, je travaillais à l'Office de radiotélévision du Niger comme monteuse. Puis était arrivée la vague des compressions du personnel. Elle ne m'a pas épargnée. J'ai fait le rang comme tout le monde à l'inspection de travail. Et j'avais trouvé un poste de réceptionniste à l'hôtel Sabka Lafia. Une fois, Sidi Koutoubi, alors préfet-maire de Niamey, est arrivé. Il était étonné de me voir là, il m'avait dit : « La vedette, qu'est-ce que tu fais ici ? » Il avait été un moment ministre de l'information quand j'étais à l'ORTN. Il m'a finalement offert un poste d'animatrice à la Maison des Jeunes et de la Culture Diado Sékou. Je suis restée là-bas jusqu'à mon départ pour les États-Unis.

Qu'est-ce qui a motivé ce départ aux États-Unis ?
C'est la situation économique qui m'avait poussée à partir. L'école publique ne marchait pas. C'était tout le temps des grèves et des marches. Et moi, je n'avais pas les moyens d'inscrire mes enfants au privé. L'éducation devient de plus en plus chère. C'était la principale raison. Mais ce n'était pas ce que j'espérais. Il y a eu d'abord le problème de langue lors de mon premier séjour. Ensuite, j'ai commencé à faire de petits boulots.
Vous avez rêvé de faire carrière aux États-Unis ?
Le rêve est permis. On peut toujours rêver à quelque chose de bien ! J'avais espéré trouver un petit job sur un plateau de tournage. Il y avait un ami qui voulait m'aider et me présenter à Dany Glover. Ça n'a pas pu se faire. Une autre fois, un journaliste était venu m'interviewer. Les Nigériens résidents aux États-Unis ont commencé à crier que j'étais allée les vendre. Ils craignent une chasse aux sorcières...
Al'lèèssi a été projeté là-bas ?
Oui. Une première fois à New-York, à un festival de film africain. Je n'y avais pas assisté parce que la réalisatrice n'avait pas jugé bon de m'avertir. Puis ensuite ça a été à Washington DC, à l'Université Howard Johnson. Les organisateurs avaient invité quelqu'un de l'ambassade du Niger. Ils voulaient qu'un Nigérien vienne faire la présentation et parler de l'actrice. C'est ainsi qu'ils ont appris que l'actrice même était présente. Ils voulaient me payer l'avion, j'ai pris un bus. Le film a été projeté en présence de nombreuses personnalités, y compris l'Ambassadeur. Les gens m'ont posé des questions. Vous savez, il y a des journalistes qui ne connaissent pas l'Afrique, qui ne connaissent pas les films africains. C'est rare de voir les films de fiction africains dans les télévisions occidentales.
Parlons maintenant du tournage d'Al'leessi.
Non. Pour moi Al'leessi est un mauvais souvenir. Les choses se sont trop mal passées entre la réalisatrice et moi. Non, je ne veux plus en parler.

Vous êtes la première actrice africaine. Comment vous portez ce poids ?
Lors d'un Fespaco, nous avons créé une association qui regroupe les actrices africaines. J'en étais la présidente. Je ne sais plus ce qu'elle est devenue après mon départ. La secrétaire générale, c'était Chouchou Dala Kouyaté. Elle vit à Paris aujourd'hui. Elle a son propre festival. A l'époque, on s'était dit qu'une fois rentrées dans nos pays respectifs, chacune d'entre nous doit créer un festival. Je leur ai répondu que je n'ai pas la garantie de pouvoir le faire chez moi. Je ne pouvais pas leur promettre que j'allais les faire venir. Effectivement, au retour, j'en avais parlé. Les gens m'avaient découragée. Tant que vous n'avez pas l'appui de vos responsables, rien ne peut marcher.

Vous avez reçu des distinctions ?
Oui. En 1990, j'ai reçu les Insignes du Mérite culturel en Tunisie. Avant cela, j'ai reçu une Médaille d'or. J'ai reçu d'autres distinctions à Alger. En 1993, j'ai été faite Chevalier de l'Ordre de Mérite du Niger; puis, plus tard, Officier de l'Ordre de Mérite. Il n'y a pas longtemps enfin, au dernier FICA, j'ai également été faite Chevalier de l'ordre de Mérite de la Côte d'Ivoire.

En 2017, elle reçoit le prix des célébrités du cinéma lors des "celebrities days" ou les journées d'hommage aux célébrités du cinéma, une activité du FESPACO qui met à l'honneur les acteurs du cinéma du continent africain.

FILMOGRAPHIE
Zalika Souley a joué dans les films de :
Rahmatou Keita 
2004 : Al'leessi, une actrice africaine
Yéo Kozoloa
1983 : Pétanqui
Mahamane Bakabé
1981 : Si les cavaliers...
Adamou Halilou
1977 : Kanta of Kebbi
Oumarou Ganda
1980 : L'exilé
1972 : Saitane
1970 : Le Wazzou polygame
1968 : Cabascabo
Moustapha Alassane
1965 : Le retour d'un aventurier


Maman Siradji Bakabé, Sani Elhadj Magori, Idi Nouhou (2011). Figures du cinéma nigérien. Interview Zalika SOULEY

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